Mardi 1 juillet 2008
Nous aussi on a des DP, vous voyez. Parce que les DP c’est utile. Et surtout parce que c’est obligatoire. Ils n’ont pas le choix, là-haut, à la direction. A mon avis, ils s’en passeraient bien. Les DP, ça prend la défense des salariés quand ils ont un problème. Et des problèmes, on en a souvent. Alors du coup, la direction ça ne leur plaît pas trop.

L’ennui, c’est que je ne sais pas qui c’est les DP. J’en connais une parce que j’ai bossé avec elle. Les autres, je sais ni qui ils sont ni combien ils sont. Ni d’ailleurs où ils sont…

Une fois, j’ai eu besoin des DP. J’avais été embauchée pour monter une nouvelle émission. On partait de rien et on avait deux mois pour présenter quelque chose à la chaîne. Disons qu’on avait l’idée générale, l’émission avait été vendue sur la papier (un synopsis de plusieurs pages avec tout un tas de détails qu’il faut ensuite traduire en image puisque le but d’une émission c’est quand même de passer à la télé). Il nous restait à faire le pilote.

Le pilote, c’est un peu l’émission zéro. C’est hyper important parce que c’est ce qui va permettre à la chaîne de dire « bingo, on signe » ou « laissez tomber c’est naze l ». On tâtonne un peu, vu qu’on se cherche encore. Entre le pilote et l’émission numéro 1, pas mal de choses peuvent changer (d’ailleurs c’est aussi à ça que sert un pilote : à voir ce qu’on peut améliorer). Comme ce n’est qu’un pilote, normalement on n’a pas un budget énorme. C’est un investissement pour l’entreprise, sans garantie de résultat.

Du coup, on fonctionnait en équipe très réduite et on était super mal payés. Et comme c’était un pilote, la productrice de l’émission (ma chef) changeait d’idée tous les jours, mais je vous raconterai ça une autre fois. L’important, c’est de comprendre qu’on bossait comme des fous et qu’on nous disait tous les deux jours « on jette tout à la poubelle et on recommence »…

Au bout d’un moment, c’est devenu franchement crevant de travailler 12h par jour, sans prendre le temps de s’arrêter. Plus la date prévue pour rendre le pilote approchait, plus on travaillait. Au début, on a arrêté de sortir pour déjeuner. Ensuite, on a cessé les pauses clopes. Un jour, on a commencé à dîner au bureau... Notre chef commandait pour tout le monde, on avalait notre repas en vitesse entre deux coups de téléphone. Petit à petit, je me suis rendue compte que je passais ma vie au boulot. J’y restais jusqu’à minuit ; le lendemain j’étais devant mon ordi à 9h. Ca arrive à beaucoup de gens, mais en général ces gens-là gagnent un peu plus que 1500 euros bruts par mois.

Les dernières semaines,  ma chef nous faisait aussi venir le week end. Pour tout vous dire, notre maximum a été d’enquiller 22 jours d’affilée, samedi et dimanche compris. Moi j’en pouvais plus. Je craquais. Je ne voyais plus mes amis, je n'avais même plus le temps de leur envoyer un mail. Je ne ressemblais plus à rien, j’avais des cernes et j'étais tout le temps malade mais ma chef me gueulait dessus si j’avais le malheur de lui dire « écoute aujourd’hui je vais arriver un peu plus tard ». Je sais toujours pas comment elle nous tenait, ma chef, mais elle nous tenait.

C’est à ce moment-là, que ma mère (qui est souvent de bon conseil) m’a dit « va voir les DP ». C’était pas une mauvaise idée. Pour être honnête, on était traité comme des esclaves et je commençais à réaliser que ce n’était pas tout à fait normal. J’ai écouté ma mère et je suis aller voir les DP.

Enfin… Je ne suis pas allée voir les DP directement. Il fallait d’abord que je sache qui ils étaient exactement. Alors j’ai cherché le tableau d’affichage sur lequel il y avait les noms et les photos des DP de notre boîte.

Et là, j’ai vraiment compris : les DP, chez nous, ils ne servent à rien. J’ai regardé la liste des noms. Figurez vous, que la DP, c’était ma chef…

Par une TV girl désespérée
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Lundi 30 juin 2008
L’autre jour, une copine m’a demandé si j’avais vu l’expo Courbet.

Moi,  j’ai pensé Julien. Pas Gustave. Alors forcément ça m’a étonnée. " C’est bizarre quand même, non ? j’ai répondu, ils exposent quoi ? ".

Ma copine, elle m’a regardée  un peu de travers :  " ben quoi ?  j’ai ajouté, je savais pas du tout qu’il peignait ". Il nous a fallu un peu de temps pour dissiper le malentendu.
" Putain, m’a balancé ma copine, il faut vraiment que tu penses à quitter la télé ".

Après ça, c’est vrai qu’on peut se demander si on ne manque pas un peu de culture dans la télé. Je vous dirais : c’est pas qu’on n’est pas cultivé, c’est qu’on n’a pas la même culture. Y’a des choses qu’on sait, que vous vous savez pas. Par exemple qui couche avec qui.

Nous, on est au courant des tous derniers ragots, quasi en temps réel. En tout cas, on sait des trucs que vous ne lirez jamais dans Voici. Parce que je ne suis pas sûre qu'ils oseraient en parler. Ou alors ils ne sont pas au courant. J’aimerais franchement bien vous lâcher deux ou trois ragots,  mais c’est un peu top secret. Ce qui compte avant tout quand on bosse à la télé, c'est la discrétion. Vous comprendrez donc que je fasse attention.

Bien sûr, j'arrive pas toujours à fermer ma gueule. Quand j'apprends un truc vraiment croustillant, ça me démange : il FAUT que j'en parle à quelqu'un. Mais je ne le répète qu'à une ou deux personnes, et je leur fais promettre de ne rien dire. En général, c'est des bonnes copines qui travaillent avec moi et je leur fais plutôt confiance sur ce coup là. 

Sauf la fois où une copine m'avait dit que la stagiaire du bureau d'à côté était la nouvelle conquête de notre boss (il passe à la télé, c'est pour ça que c'est encore plus chouette de savoir des trucs comme ça sur lui). J'en ai parlé à une autre copine qui, elle-même, l'a raconté à une troisième et ainsi de suite... Le lendemain, toute la boîte était au courant et ça défilait sec devant le bureau de la stagiaire, qui - la pauvre - ne comprenait pas du tout pourquoi tout le monde venait la regarder. Il se trouve que finalement c'était une fausse info : la meuf avait même jamais parlé à notre boss... Donc, parfois ça dérape un peu. Mais, en général, on sait des tas de trucs qui sont vrais de vrais.

J’admets que la plupart du temps, tout cela ne me regarde pas vraiment. Qui trompe sa femme, quelle sont les pratiques sexuelles des uns et des autres, c'est pas mon problème vous me direz. Mais j’aime bien savoir où je mets les pieds, alors je me renseigne.

Tout ça pour dire qu'on n'est pas tous débiles dans la télé. Y'en a même qui ont fait des études figurez-vous.

D’un autre côté,  y'a aussi des gens qui en tiennent une sacrée couche chez nous. Même quand ils sont célèbres. La célébrité, ça n'empêche pas la connerie. Un jour, une chroniqueuse dont vous avez tous entendu parler, m’a demandé, à deux minutes de l’antenne, si Tel Aviv c’était bien en Tunisie…Sur le coup, j’ai sincèrement cru qu’elle blaguait. Mais comme je ne répondais pas, elle a insisté " ben dis moi ? C’est en Tunisie ou en Algérie ? ".

Et là, je me suis vraiment, mais vraiment, demandée ce que je faisais là.

Par une TV girl désespérée
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Vendredi 27 juin 2008
Vous n’avez jamais cherché une femme cocue dans l’annuaire, je parie ? Parce que pour vous, l’annuaire ça sert à trouver les coordonnées d’un médecin ou l’adresse d’un pote dont vous vous souvenez pas exactement. C’est normal après tout, vous bossez pas à la télé.

Pour moi l’annuaire, c’est un réservoir illimité de témoignages en tout genre. C’est pour ça, que je me suis retrouvée une fois à chercher une femme cocue sur les pages jaunes. On était un peu dans la merde sur l’émission. On voulait faire un reportage sur l’infidélité et il nous fallait d’urgence une femme trompée par son mari. On n’en trouvait pas, parce que, forcément, il existe pas encore d’association de femmes cocues. J’avais bien essayé de demander à une ou deux copines si elles voulaient pas me dépanner mais elles n’avaient pas franchement envie d’exhiber leur couple en crise devant la France entière. Alors j’ai ouvert l’annuaire.

C’est très simple en fait. On prend une ville au hasard (une grande ville de préférence) et on choisit une lettre. Après, on appelle tous les gens dont le nom commence par cette lettre. Ca fait un sacré paquet de gens à contacter. Ensuite, c’est tout con : on leur demande simplement s’ils vivent la situation qu’on cherche (en l’occurrence si la femme est cocue dans le cas qui nous intéresse) ou s’ils connaitraient pas quelqu'un, parfois, qui serait dans ce cas et qui trouverait ça plutôt cool d’en parler à la télé.

Ca fait un peu télémarketing dit comme ça. Mais j’ai quand même un bac + 10 et je vous assure que je travaille pas dans un centre d’appel (notez que je n'ai rien contre les gens qui travaillent dans un centre d'appel).

Pour que vous compreniez bien, ça donne un truc de ce genre :

« - bonjour, je suis X, je travaille pour les émissions de Pascal Henri, vous savez, les émissions à la télé…

- oui, c’est un type très cool, il est vachement gentil
(on est obligé de mentir un peu) et en plus il est très beau. Ben justement, vous pourriez le rencontrer…

- non mais parce que en fait, là, j’appelle parce que je cherche une femme qui est trompée par son mari…

- oui forcément… non c’est sûr, c’est pas facile...

- ah oui, c’est pas cool ce qu’il a fait votre mari… mais moi, je voudrais faire un reportage...

- Ah ben oui, la télé viendrait chez vous…
»

C’est à ce moment là en général que la communication est coupée. Ou alors que la femme s’excuse et dit que non ça sera pas possible mais qu’elle veut bien parler avec moi si je veux (mais moi, j’ai pas envie. Et pas le temps non plus : je cherche une femme cocue qui accepte de passer à la télé).

Parfois c’est plus rapide : mon interlocuteur me dit simplement que je suis une sale conne et qu’il m’emmerde. Et il me raccroche au nez. Ca simplifie la tâche vous me direz, je perds pas 3 heures à réciter mon petit laïus.

Figurez-vous que cette fois-là, le 153e appel a été le bon. J’avais changé de région, les gens étaient pas sympa du tout dans la ville que j’avais choisie (j’ai appris depuis qu’il faut toujours appeler dans le sud, les gens sont vachement plus sympa et ils vous racontent leur vie très facilement). Finalement, je suis tombée sur une femme très gentille et hyper bavarde qui m’a expliqué que son mari passait pas mal de temps à courir la gueuse et qu’elle en avait marre. On a discuté un moment, elle m’a passé son mari, qui lui aussi était très cool même s’il trompait sa femme. Et en deux temps trois mouvements j’avais envoyé une équipe de tournage chez eux.

Je suis tombée sur des histoires vachement cool grâce à l’annuaire : on y trouve vraiment de tout, la pub qui passe à la télé ne ment pas sur ce point-là. En vrac, j’y ai pêché : une belle-mère envahissante, un mari jaloux, une femme qui a abandonné ses enfants, un puceau de 38 ans, un frère qui n’aime pas sa sœur, une mère possessive et un type qui vivait toujours chez ses parents à 43 ans (pas le même que le puceau). Et tous ces gens-là, eh bien grâce à l’annuaire, ils ont fini à la télé.

Par une TV girl désespérée
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Vendredi 27 juin 2008
On dit un paquet de conneries sur les gens qui bossent à la télé. D’abord, on dit qu’on est tous beaux. C’est pas vrai. Il y a aussi des gens moches dans la télé. Sérieusement, j’en connais qui ont pas été gâtés par la nature. La différence avec vous, c’est qu’on a tout plein de bons plans pour s’arranger.

Les soldes de presse d’abord. On n’est pas vraiment journalistes (du moins pas nous qui bossons en boîte de prod) car on n’a pas la carte de presse. C’est pas grave, on fait semblant. Et on s’incruste chez tous les créateurs. On arrive à avoir des super fringues pour pas un rond (heureusement car on est quand même super mal payés. Faut bien qu’il y ait des avantages…). Ca vous change un homme (ou une femme) des chouettes fringues, non ?

On se refile les adresses des bons coiffeurs ; on fait des UV, des masques, des injections. Un nez de travers se répare discrètement pendant les vacances ; une poitrine trop petite se gonfle pendant les RTT. Ne le répétez pas, mais j’ai moi-même fait quelques retouches.

C'est parfois assez drôle d'ailleurs. Vous revenez de vacances et la collègue d'à côté a gagné deux tailles de poitrine. En général, elle vous dira un truc du genre : " je te jure, c'est hormonal, j'ai changé de pilule ". Sauf que quand les seins tiennent debout tout seul en toutes circonstances, on sait bien que c'est pas seulement les hormones.

Bref tout ça pour dire qu’il y a aussi des moches chez nous. Elles sont juste cachées sous le maquillage.

C’est vrai qu’en réfléchissant bien, je n’ai pas souvenir d’avoir souvent croisé des gros(ses). Ca, en revanche, effectivement c’est pas une connerie : on est assez mince dans la télé. Il doit y avoir un casting à l’entrée. C’est pas un DRH qui regarde nos CV, c’est un physio (peut être que Roger est pas vraiment DRH en fait). T’es gros, tu rentres pas.

D’ailleurs, je me rappelle un animateur plutôt connu - et plutôt éméché à ce moment-là - qui avait balancé de but en blanc à l’une de mes collègues : " toi t’es trop grosse, t’as rien à faire chez moi ". Véridique ! Le pire, c'est que personne n'a moufté. Les chefs ont baissé les yeux et nous on a fait semblant de pas avoir entendu. Mais la fille, je peux vous dire qu'elle avait entendu. Le lendemain, elle n'était plus là. Et je crois aussi qu’elle a entamé un régime. J’ai jamais plus entendu parler d’elle dans la télé, j’imagine que son régime n’a pas marché…

Par une TV girl désespérée
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Jeudi 26 juin 2008
L’année touche à sa fin. Plus que quelques jours et j’irai pointer au chômage. Comme tous les ans à la même époque : la saison s’achève et mon contrat avec...

Déjà 8 ans que j’enchaîne les CDD. C’est carrément déprimant quand on y pense : chaque année, au mois de juillet (entre le 10 et le 15 en général), je file aux Assedics. Une fois sur deux, j’ai droit à une chouette leçon de morale, parce que c’est vrai quoi, je devrais avoir honte de profiter de la société et " on sait bien comment ça fonctionne dans la télé, hein ? ". Comme si j’avais choisi, moi, d’être abonnée à l’ANPE.

On est un sacré paquet dans ce cas là. Parce que dans la télé, pas de CDI. Ben oui, les producteurs ne savent jamais ce que leur réserve la saison prochaine : " si tout s’arrête, on se retrouve avec des CDI sur les bras " m’avait dit un jour Roger (le DRH, on l’appelle par son prénom, c’est normal dans la télé). " Ben quand tu fabriques des chaussures et qu’il n’y a plus de clients, c’est la même chose, non ? " je lui avais répondu, " pourtant, sont en CDI les gars ". En tous cas, certainement pas en CDD depuis plusieurs années dans la même boîte. Mais il paraît que c’est pas la même chose, parce que nous on fabrique pas des chaussures mais des émissions. En tous cas, c’est ce que m’a expliqué Roger. Je lui ai pas fait remarquer que, d'un autre côté, dans la télé, j'avais encore jamais vu de boîte où " tout s'était arrêté d'un coup ".

Je connais des filles qui bossent pour le même employeur (je tairai son nom, vous comprendrez bien) depuis 9 ans en CDD. Moi j’ai presque de la chance à côté . " C’est saisonnier la télé, faut s’adapter " qu’il a dit Roger. Avant d’ajouter que si on est pas content, on n’a qu’à dégager car après tout " y’en 50 qui attendent ta place ".

Alors j’ai rien dit ; j'ai fermé ma gueule. Je vais pointer aux Assedics et je rempile avec Roger à la rentrée.

Par une TV girl désespérée
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Présentation

  • : Je bosse à la télé
  • jebossealatv
  • : média production TF1 télé animateur Cinéma / TV
  • : Ce blog raconte mon expérience dans le milieu de la produtcion télé. Huit ans que j'y travaille... J'ai donc essayé de rassembler mes souvenirs et de vous raconter ce que je vis quotidiennement. Les anecdotes sont véridiques, seuls les noms ont été changés quand ils ne sont pas tus. Evidemment, mes propos restent subjectifs : il y a encore des gens qui adorent bosser à la télé...
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  • : J'ai 33 ans et je travaille en boîte de prod depuis bientôt 8 ans. Je me demande encore pourquoi j'ai choisi de bosser à la télé...

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